Il était une fois...un collectionneur

Publié le par alainkoli

transformations instantanées, jeu d'ombres chinoises

transformations instantanées, jeu d'ombres chinoises

Il était une fois un collectionneur qui s'appelait Jean Hélion.De brocantes en vide-greniers il a accumulé plus de 1500 jeux.Comme tout collectionneur passionné il rêvait sans doute d'exposer ses trésors pour en faire connaître toute la diversité et l'intérêt qu'il y a à préserver ce patrimoine.

Nous avons appris qu'il était décédé l'an dernier, et que sa collection sera dispersée ...ces jeux iront rejoindre d'autres collections qui seront à leur tour dispersées,faisant le bonheur d'amateurs français ou étrangers...

Toybouafle, puisque tel était ton pseudo sur ebay, nous te dédions le poème ci-après:   

LE COLLECTIONNEUR 

Pourquoi  inconsciemment admirer cet objet ?

Ne contiendrait-il pas quelque image cachée,

Difficile à saisir, surtout d’un premier jet,

Ou un charmant message, à qui sait le chercher !

 

Lorsque nous le voyons, nous sommes satisfait.

S’il est neuf, nous aimons sa forme, sa beauté,

Admirons la technique de celui qui l’a fait,

Ou nous réjouissons de son utilité.

 

Et ancien, n’est-il pas encore plus émouvant ?

Que de patience, que de travail et que de soins,

Pareille habileté ne se voit plus souvent,

Avec un objet d’art, répondre à un besoin !

 

Puis un jour, par hasard, notre œil très averti

Tout naturellement, va en trouver un autre,

Certes, bien ressemblant, mais en contrepartie,

Ayant des qualités différentes du nôtre.

 

Alors nous commençons à être tourmenté.

Puisque nous admettons de l’autre l’intérêt,

Devons nous rejeter cette diversité,

Ou plutôt acquérir pour pouvoir comparer !

 

En franchissant ce pas, sans nous en rendre compte

Nous nous préparons bien quantité de bonheurs,

Mais combien de regrets et combien de mécomptes.

Nous sommes devenu un vrai collectionneur.

 

Désormais c’en est fait. Nous allons rechercher

Et bien sûr étudier la forme et la couleur,

La matière, la série ou le défaut caché,

Et même parler de l’âge, qui signe une valeur.

 

Nous voulons tout savoir, le pourquoi, le comment.

Une fois tout recensé, quand cela est possible,

Avec notre science commencent nos tourments

Puisque tout rassembler est bien sûr impossible.

 

Celui-ci, qui pourrait très bien nous faire plaisir

Refuse de céder ce qui lui appartient.

Celui-là, connaissant notre secret désir,

Surestime sans vergogne cet objet qu’il détient.

 

D’ailleurs avec les autres, voyez nos relations.

Ceux qui n’admettent pas que l’on perde du temps

A chercher, à classer avec cette émotion,

Très vite nous apparaissent comme gens embêtants.

 

A ceux qui nous écoutent et bien sûr s’intéressent,

Nous sommes prêts à donner toutes explications,

Présenter nos trésors, expliquer nos ivresses.

Ils nous semblent en effet de bonne éducation.

 

Si parfois nous semblons un peu loin de la terre

Comprenez donc, enfin, notre beau désarroi.

Nous avons découvert un nouvel univers,

Et sans plus de façon, nous en sommes faits roi. 

Ce poème signé de Jean PERRACHON a été publié dans la revue de l'association "le vieux papier " de juillet 1990 . Merci à Michelle D. de me l'avoir communiqué à un moment où je m'interrogeais sur cette dévorante passion .

ombres chinoises, jeu édité par Rousseau dessin de Bommier ( collection Christine H.)

ombres chinoises, jeu édité par Rousseau dessin de Bommier ( collection Christine H.)

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